Teintures végétales - Le noyer

Les tanins du noyer sont des formes dérivées de l'acide gallique et de l'acide ellagique, ainsi que des tanins condensés qui donnent la coloration brun-rouge caractéristique du bois de cœur du noyer. Ils sont présents en faible quantité dans le brou immature, et sont plus abondants dans les feuilles. Les tanins contribuent à mordancer naturellement les fibres à teindre.

Un nuançage des fibres aux sels de fer après teinture provoque un brunissement de la couleur à cause de la réaction tanin-fer. Mais les sels de fer rendent la laine rêche.

Les flavonoïdes sont essentiellement  : quercétine et kaempférol. Ils donnent une coloration jaune. Ils sont plus abondants dans les feuilles.

Les naphtoquinones : la juglone et ses dérivés

La teneur en naphtoquinones dans le brou est plus grande si les fruits sont récoltés très tôt, bien avant leur maturité, c'est-à-dire à la fin du mois de juin. Le fruit est alors tellement tendre qu'il est possible de le transpercer de part en part avec une aiguille à tricoter. Au cours de septembre, la teneur en naphtoquinones baisse, et tombe très rapidement dès que le péricarpe commence à brunir.

Malheureusement si le fruit est récolté avant maturation, la noix comestible n'est pas encore formée, et cela constitue une perte du point de vue économique.

Les pigments peuvent être extraits des fruits par une immersion dans une solution hydro-alcoolique (40 % d'éthanol) pendant 3 mois . La couleur vert foncé vire progressivement au brun, et noircit ensuite au contact de l'air. C'est la recette d'une ancienne liqueur produite en Italie à base de noix fraîches (nocino).

Ce que l'on trouve à l'état natif dans le brou vert, c'est un précurseur de la juglone : le glucosyl-hydrojuglone (sucre et hydrojuglone accolés). Ce précurseur perd facilement son sucre lors d'une hydrolyse. Cette hydrolyse est réalisée lors de la fermentation ou la macération et donne de l'hydrojuglone. Cette hydrojuglone est une substance réductrice appelée aussi pseudo-vitamineC. Elle est non toxique. Quand elle réagit avec l'oxygène de l'air, elle donne de la juglone (toxique pour les plantes).

La plumbagine est également une naphtoquinone présente dans le noyer. Cette molécule correspond à la molécule de juglone avec un groupement méthyl en plus (méthyl-juglone). Incolore dans la plante, la plumbagine donne une coloration jaune en milieu acide.

Notons que le colorant contenu dans le henné (poudre de feuilles de Lawsonia inermis) est la lawsone, un isomère de la juglone (même composition chimique mais forme différente).

Préparation du bain de teinture

Bain à base de feuilles : faire une décoction dans l'eau pure de feuilles jeunes et fraîches de noyer (faire bouillir pendant une heure et demi, éventuellement dans un chaudron en cuivre), et filtrer. Les vieilles feuilles sont moins riches en colorants.

Bain à base de brou : dès la cueillette des fruits verts en juin, les écraser avec une masse ou un marteau et les mettre immédiatement dans un baquet en bois puis les couvrir d'eau pure. Laisser fermenter pendant 2 à 3 jours en remuant de temps en temps. Filtrer. Le résidu solide peut être réutilisé de la même façon.

Le brou fermenté longtemps, un an ou deux, est d'une consistance épaisse et difficile à filtrer.

Pour être conservé et utilisé ultérieurement, le brou vert est séché rapidement, puis réduit en poudre.

Teinture

La laine non mordancée est plongée mouillée dans le bain de teinture à température ambiante pendant 24 à 48 heures selon l'intensité de couleur désirée. Puis la laine est sortie du bain, essorée au dessus du bain et séchée à l'air libre pendant plusieurs jours pour permettre l'oxydation des pigments. La laine peut ensuite être lavée et séchée de nouveau.

Pour le coton, il est préférable d'effectuer la teinture en chauffant le bain de teinture pendant une heure.

La laine peut donc être plongée dans le bain de teinture sans avoir été mordancée au préalable avec de l'alun et du tartre. Néanmoins, un mordançage à l'alun et au tartre permet d'obtenir une teinte plus lumineuse, et permet de diminuer la quantité de brou nécessaire. Les fibres cellulosiques comme le coton, étant plus réfractaires à la teinture que les fibres animales comme la laine, la couleur sera pour elles plus stable avec un mordançage préalable.

La teinture avec du brou de noix est considérée comme "grand teint", c'est-à-dire solide à la lumière et au lavage La teinture avec le brou vert frais donne une couleur fauve, alors que la teinture avec un brou oxydé, récolté à l'automne, donne un gris souris. La teinture obtenue avec la deuxième utilisation du bain donne un beige rosé.

Commentaire : La macération du brou dans l'eau pendant quelques jours permet l'hydrolyse du glycosyl-hydrojuglone en hydrojuglone. Puis le fait de laisser la laine sécher à l'air libre quelques jours permet à l'hydrojuglone de s'oxyder pour donner de la juglone, de couleur fauve.