"Là où le sol s'est enlaidi,  là où toute poésie a disparu du paysage, les imaginations s'éteignent, les esprits s'appauvrissent, la routine et la servilité s'emparent des âmes et les disposent à la torpeur et à la mort."

Du sentiment de la nature dans les sociétés modernes / Elisée Reclus - 1866

 

Carnet de notes (petits textes en vrac publiés au gré des humeurs, et auxquels vous pouvez réagir en m'envoyant un mel)

La question de l’origine de la vie

L’apparition de la vie est une question passionnante et qui d’ailleurs taraude de nombreux chercheurs. La vie est un phénomène d’une telle complexité qu’il est même difficile d’en donner une définition précise. Apparue sur terre il y a quelques milliards d’années, elle a une histoire, et logiquement une origine à partir de laquelle se sont déployées au fil des temps des évolutions, des bifurcations et des ramifications. Aujourd’hui nous classons les différentes formes de vie en espèces en fonction de leurs caractères communs et de leur capacité à de reproduire.Pour déterminer comment les différentes espèces sont apparues progressivement dans leur grande diversité, les biologistes de l’évolution depuis Darwin ont du pain sur la planche mais ils bénéficient aujourd’hui d’un outil supplémentaire qui est le séquençage du génome. C’est ainsi que certaines bactéries sont maintenant classées dans le groupe des Archées. En effet, certaines séquences de bases nucléiques constituant les chromosomes, celles-ci même qui conduisent à la synthèse de protéines dans la cellule, permettent de supposer que les espèces qui ont en commun ces séquences ont une origine commune dans l’évolution. Le séquençage du génome permet même d’estimer à quel moment de l’histoire de la vie tels ou tels groupes d’organismes vivants ont divergé.

L’étude de l’apparition de la vie sur terre nous révèle bien des choses sur ce que nous sommes en tant qu’organismes vivants aujourd’hui, et même ce que nous sommes en tant qu’êtres humains. Thomas Heams, biologiste enseignant à Agroparistech, est l’auteur de plusieurs livres, et en particulier d’un ouvrage absolument captivant : « Infravies » publié aux éditions du Seuil en 2019. L’auteur aborde la question ô combien riche de ce qu’est la vie, par des points du vue divers, qui ont des implications non seulement scientifiques mais aussi métaphysiques.

Une question de plus en plus récurrente dans les medias depuis quelques années est celui de l’origine extraterrestre de la vie, en supposant que la vie n’est pas née sur terre mais a été apportée de l’extérieur il y a environ 4 milliards d’années. Les éléments chimiques communs à tous les organismes vivants sur terre sont essentiellement CHNOP (carbone, hydrogène, azote, oxygène, phosphore). En faisant l’hypothèse que ces éléments n’étaient pas présents sur la planète terre au moment de sa formation, certains évoquent les comètes ou les astéroïdes comme promoteurs de la vie sur terre il y a 3 ou 4 milliards d’années. Ces objets se baladant dans l’espace auraient, lors d’une collision avec la terre, apporté ce qui lui manquait. Cette idée est étayée par la découverte sur certains astéroïdes de petites molécules organiques très simples, contenant donc du carbone, et qui sont présentes également dans les organismes vivants sur notre planète. Cette obsession de plus en plus prégnante à prouver que la vie n’a pas son origine tout simplement là où elle est présente aujourd’hui peut sembler problématique. On pourrait s’interroger sur la persistance de l’idée de transcendance dans l’imaginaire collectif, et y compris, de façon non assumée, dans l’inconscient des scientifiques pourtant épris de rationalité. Même si les générations actuelles, formées à l’athéisme des Lumières, se sentent libérées du joug des religions, elles n’en sont pas moins imprégnées encore par des concepts aliénants comme celui d’une Création qui serait le fait d’une entité extérieure à notre monde. Faisant front au principe de transcendance, le concept d’immanence est un principe qui nous permet de penser que la vie trouve sont origine en elle-même. Il n’y aurait pas de cause extérieure et encore moins de cause supérieure. Ni dieu ni comète ! Pour illustrer le concept d’immanence dans un autre contexte, voici un autre exemple, cette fois dans le domaine de la physique quantique : le principe de bootstrap est un principe selon lequel chaque particule est ce qu'elle est parce que toutes les autres particules existent à la fois. Le terme bootstrap veut dire plus ou moins littéralement : « se soulever de terre en tirant sur le haut de ses bottes ». Merveilleuse image !

Pour Avicenne, comme pour les mystiques des religions du Livre, Dieu n’a pas d’autre cause que lui-même, alors que tout le reste ne peut exister sans lui. C’est le seul incréé. Tous les objets, les organismes vivants et particulièrement l’humain, ne doivent leur existence qu’à Dieu. Cela illustre l’importance fondamentale de la transcendance dans les religions monothéistes.

Si on est peut être rebuté par cette idée d’externalisation de la causalité de l’origine, c’est parce que l’on sent que cela relègue l’humain au statut d’être aliéné. L’aliénation se traduit par le fait de ne pas être soi-même, d’être à côté de soi, d’être un étranger à soi-même. Et cette aliénation est accompagnée d’une cohorte de désagréments. Cela amène par exemple à s’imaginer que le paradis ne peut être atteint qu’après la mort.Cela apporte aussi l’idée d’une incomplétude profonde, que chacun cherche à résoudre par divers moyens proposés par ceux qui en tirent profit. L’aliénation est particulièrement encouragée par notre civilisation mercantile. Cela incite à toujours désirer ce qu’on n’a pas, donc à consommer. Cela conduit, avec les technologies numériques, à préférer passer sa vie en réalité virtuelle, ce que l’on appelle depuis peu le métavers, ce monde artificiel accessible par Internet. Cela fait aussi, dans un autre registre, désirer être ailleurs, dans un autre pays, donc de faire du tourisme dans des contrées lointaines plutôt que de découvrir ce qui se passe autour de soi. Ces dernières années le comble de la perfection aliénée, c’est de fuir sur Mars ou d’autres planètes que l’on espère habitables.

Enfin, cela amène, au-delà de la recherche d’une origine extra-terrestre de la vie, à chercher des traces de vies sur d’autres planètes, dans d’autres espaces. Cette question de l’existence d’une forme de vie ailleurs obsède de nombreuses personnes. Les astronomes déterminent aujourd’hui des classifications de planètes en fonction de leur potentialité à abriter une forme de vie, ou avoir pu le faire dans le passé. C’est ce qu’ils appellent la zone d’habitabilité. Les critères qui permettent de penser que la vie est possible sont assez variés : température, présence d’eau sous forme liquide, distance par rapport à l’astre autour duquel gravite la planète. Étant plus prudents que les artistes ou auteurs de science-fiction, qui imaginent l’existence de civilisations avec lesquelles on pourrait communiquer dès maintenant, les chercheurs seraient déjà comblés s’ils parvenaient à découvrir une forme de vie plus primitive, comme une colonie de bactéries par exemple. Les moyens mis en jeu dans cette quête de vie extraterrestre sont phénoménaux : des équipes internationales travaillant d’arrache-pied, des années de recherche, des budgets colossaux, à faire pâlir ceux qui se demandent comment on pourrait améliorer le sort de l’humanité. Et si cette quête n’était qu’un paravent ? Une entreprise de séduction à l’intention des investisseurs ? Envoyer des sondes dans le système solaire pour chercher des formes de vie, ce serait plus simplement dans le but de conquérir l’espace. Car c’est un problème toxique et récurrent dans nos civilisations : la conquête ! On a bien vu la lutte acharnée que se sont menés deux empires, entre les années cinquante et quatre-vingt, pour marcher sur la lune, être les premiers, être les plus forts, et surtout installer des armes dans l’espace. Maintenant, les empires ne sont plus des nations mais des entreprises privées, et c’est la guerre entre elles pour réaliser la conquête spatiale, faire du tourisme en orbite autour de la terre, fuir sur Mars, etc ...

 

 

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En biologie de l'évolution, on croise trop souvent l’idée selon laquelle l’existence d’un phénomène s’explique forcément par une finalité qui en découle. Selon cette notion caricaturale, si une chose existe, c’est à seule fin de produire un effet avantageux. Chaque plante ou même chaque organisme ne montrerait tel caractère particulier que pour servir à quelque dessein. Le dessein en question est évidemment la reproduction, et la capacité à donner une descendance nombreuse. Cette idée est sous-tendue par le paradigme de la compétition à tous les degrés du vivant. C'est cette fameuse loi du plus fort. Or ce point de vue n’est pas compatible avec la théorie génétique de l’évolution, faite de hasards et d’ajustements. Dans le monde vivant, la seule nécessité est d’être viable pour exister et se perpétuer. Autrement dit, ce qui n’est pas compatible avec la vie disparaît, tout le reste est possible. Cela laisse à la nature d’infinies variétés d’existence, et permet une multitude de modalités d’être. C’est bien ce qui explique la diversité des espèces, d’autant plus au bout de quelques milliards d’années d’évolution. Chercher sans cesse une finalité est encore une influence malheureuse de la pensée d’Aristote sur notre culture occidentale. Or il n’y a pas d’intention, il n’y a que des causalités.

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Francis Hallé a raison de dire que le monde végétal nous offre l'occasion de découvrir une forme remarquable d'altérité dans le monde vivant. 

Observer les plantes et tenter de les comprendre nous aide à concevoir une manière d'être au monde totalement différente, et de nous débarrasser d'un habituel anthropomorphisme égocentrique.

Les plantes ne bougent pas : pourtant elles se défendent bien des multiples dangers auxquels elles doivent faire face. Une immense variété d'espèces végétales se sont multipliées depuis des millions d'années dans tous les écosystèmes possibles. Certaines plantes vivent des siècles alors qu'elles ne se déplacent pas.

Les plantes n’ont pas de bouche et elles se nourrissent.

Elles n’ont ni œil ni oreille qui leur permettraient de voir ou d’entendre, et cependant elles perçoivent très finement leur environnement.

Elles ne disposent d’aucune pompe comme le cœur pour faire circuler leurs fluides, et néanmoins la sève circule, vers le haut, vers le bas, et parcourt des dizaines de mètres dans le cas des arbres.  

Un philosophe de l’antiquité grecque, Aristote, a eu une influence majeure sur la pensée européenne, influence qui a malheureusement perduré pendant des siècles. C’est à lui principalement qu’on doit de n’attribuer aux plantes qu’une existence passive et dénuée d’interaction. Soit dit en passant, on lui doit aussi une idée qui est restée ancrée dans notre culture pendant trop longtemps, l’infériorité des femmes par rapport au genre masculin, mais c’est une autre histoire. Revenons aux plantes.  Au 18e siècle, le végétal occupait encore le bas de l‘échelle du vivant et n’était guère considéré comme autre chose qu’une ébauche de l’animal.

Au début du 19e siècle, commence à être révélée une certaine réactivité des plantes. Et enfin en 1859, la publication du livre majeur de Charles Darwin , « L’origine des espèces », est une révolution.

Notre compréhension du monde vivant est bouleversée et cette nouvelle approche continue d’être féconde jusqu’à aujourd’hui.  Bien qu’elle ait été formulée il y a cent cinquante ans, bien avant que soient possibles les observations au microscope électronique, bien avant la découverte du code génétique, la pensée évolutionniste continue d’être efficiente jusqu’à maintenant, tout autant pour les biologistes que dans le domaine de la métaphysique. Elle est non seulement compatible mais confirmée par les avancées des recherches actuelles en biologie.

 

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Elisabeth Dumont propose tout au long de l'année des activités sur le thème des plantes. Ces ateliers, conférences ou expositions s'adressent aux adultes comme aux enfants : une conférence sur le thème de la géométrie dans le monde végétal, une exposition sur les teintures végétales, un atelier sur la fabrication d'encres végétales, et d'autres encore (voir la rubrique Ateliers).

 

Pour connaître ses disponibilités et ses tarifs, la contacter par courriel ou par téléphone (voir la rubrique « contact » ).

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Le label "Livres de Loir-et-Cher", qui récompense chaque année un auteur du département, a été remis le 24 septembre 2019, à Elisabeth Dumont pour son livre "Encres de plantes". En conséquence Elisabeth Dumont viendra à la rencontre des Loir-et-Chériens dans les bibliothèques du réseau de lecture publique pour présenter et dédicacer ses œuvres. Plus d'information sur culture41.fr

 

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Merci à la revue "Science & pseudo-sciences / Association française pour l’information scientifique (AFIS) n° 330 - octobre-décembre 2019 pour cette note de lecture très sympathique :

"Découvert dans un magasin pour touristes à la sortie d’une visite d’un jardin en Dordogne, ce livre, traitant de maths au milieu des produits régionaux et de recommandations pour son potager, et agrémenté d’illustrations de grande qualité, me parut assez surprenant pour être attractif.

L’auteure y dévoile quelques secrets de plantes rares ou communes, par la combinaison d’une grande culture mathématique parfaitement maîtrisée et simplement expliquée, et d’un art consommé de la présentation. Je n’ai pas pu tourner une page sans avoir lu ou relu toutes les légendes associées aux photos. Je fus ainsi étonné de reconnaître des feuilles ou des fleurs qui parsèment les bords de chemins de campagne ou les étals des marchés. Si comme moi vous appréciez la beauté des mathématiques, vous vous étonnerez de la forme tubulaire d’une tige, d’une grappe de fleurs ou d’un coussin de poils. Même si on retrouve dans ce livre des sujets classiques pour un lecteur de revues scientifiques, tels que le nombre d’or, les fractales ou les symétries, ceux-ci sont abordés sans fascination excessive. Le sujet est bien le monde végétal et les concepts mathématiques, utilisés comme simples outils d’observation à la façon d’une loupe.

Je craignais de lire un catalogue. Je fus heureusement déçu car l’auteure, biochimiste, est une véritable passionnée de botanique et du vivant en général. Elle nous fait revivre, pour chaque structure, les étapes de sa formation. On se passionne pour l’émergence d’une vrille, pour le retour à la verticalité d’un tronc et l’ondulation d’une feuille permettant de capter la pluie.

L’auteure nous accompagne dans une flânerie bucolique, nous guide sur un chemin parcouru mille fois et nous livre une nouvelle façon de l’apprécier. Le propos est d’une grande richesse, parfois exigeant mais sans être rédhibitoire (le glossaire en fin de livre tient en quatre pages).

Sur le site de l’éditeur, on trouvera un extrait de lecture qui ne rend pas compte de la facilité qu’il y a à le parcourir."

Michel Kalcina, Association française pour l’information scientifique (AFIS) - 2019

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merci à la Garance voyageuse, cette passionnante revue trimestrielle qui fait connaitre la nature,

pour cette note de lecture très sympathique :

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mai 2019 : Le nouveau livre "Teindre avec des plantes (locales)"  est paru chez Ulmer.

Est-ce que les plantes permettraient une production textile moins polluante ?

Voici quelques chiffres :

L'industrie de la mode produit chaque année environ 30 millions de tonnes de textile par an. Pour colorer ces tissus, il faut 300 000 tonnes de colorants.

Pour produire chaque kg de colorant, il faut :

100 kg de pétrole, plus de 9 kg de solvant, et plus de 1000 litres d'eau.

Les plantes ne peuvent pas constituer une alternative : en effet pour teinter les jeans en bleu, 40 000 tonnes d'indigo synthétique sont nécessaires, et il faudrait la surface de l'Allemagne pour produire cet indigo végétal.

(source : documentaire de Sidonie Garnier - 2017)

En somme il faudrait produire - consommer - jeter moins de textile !

 

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Le dernier ouvrage "Encres de plantes" reçoit un bel accueil :

Xavier Gerbeaud, sur son site de conseils en jardinage : https://www.gerbeaud.com/livres/encres-de-plantes-livre,316.html

Georges Lévêque, sur son site d'actualités des jardins : http://georgeslevequejardins.com/une-lecture-sur-les-encres-de-plantes/

et sur ce site de cuisine : http://www.grelinettecassolettes.com/2018/10/encres-de-plantes-elisabeth-dumont.html

En mai, c'est le moment de récolter les pétales d'iris bleu foncé pour fabriquer de l'encre verte ou bleue.

 

L'intimité de la fleur d'iris au parfum si envoutant :

 
 
 
une belle idée de dessert au parfum sauvage :

faire infuser une branche fleurie de lierre terrestre (glechome) dans du lait

et l'utiliser pour faire par exemple un dessert au tapioca.

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avril : n'oubliez pas que c'est juste le moment :
-des salades de jeune pissenlit (sans omettre les boutons floraux, c'est le meilleur !)
-des soupes d'orties (juste les 4  dernières feuilles)
-des pesto d'ail des ours sur du pain grillé ou des pâtes (à foison cette année)
-des minuscules feuilles de plantain lancéolé qui ont le goût de champignons (pas pour très longtemps).

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