Aujourd'hui, une compréhension inédite du monde végétal émerge grâce aux recherches des scientifiques dans les laboratoires depuis une dizaine d'années mais aussi grâce aux récentes réflexions de quelques philosophes. Cette nouvelle approche nous offre une opportunité de sortir du cadre habituel, une chance d'adopter un point de vue inédit sur le monde vivant, le concept d'intelligence, et plus encore sur notre existence d'être humain. Notre connaissance du métabolisme des plantes est encore balbutiante. Mais déjà l'extrême altérité du végétal (voir à ce sujet les écrits de Francis Hallé) nous interroge. Chez les plantes, les façons multiples de percevoir leur environnement, et de répondre aux aléas pour se maintenir et s'épanouir depuis quelques millions d'années nous questionnent. Pourrait-on y puiser des alternatives à ce qui mène aujourd'hui l'humanité vers sa propre destruction ? Les modes d'être des plantes sont inspirantes (voir à ce sujet les écrits de Michael Marder) . Elles font fi des frontières qui nous paraissent infranchissables comme celle entre individu et collectif, ou entre mortalité et immortalité.

La plante est un être collectif. Un arbre par exemple est composé de plusieurs individus imbriqués, à tel point que le patrimoine génétique d'une des branches peut être différent de celui d'une autre branche.

La plante ne se nourrit pas d'autres êtres vivants, elle se nourrit de soleil, d'eau et de matières minérales.

La plante n'a pas de sentiment, ni d'affect, elle ne produit pas de concept. Le monde végétal n'a pas d'intention, ni de volonté, il existe.

La plante est immobile et elle s'adapte. Elle est placée au carrefour du souterrain et de l'aérien, de l'organique et du minéral.

La plante modifie son milieu tout au long de son existence. Elle apporte de l'humus et des matières organiques au sol et le rend plus fertile. Elle enrichit l'atmosphère avec de l'oxygène, et c'est cela qui permet l'existence des animaux. Elle capte l'énergie du soleil la transforme en énergie chimique sous forme de molécules sucrées, cette autre nourriture indispensable aux animaux. L'apport des humains à leur environnement n'est pas aussi bénéfique.

Sans se l'approprier, les plantes rendent le monde habitable, alors que les humains le détruisent.

 

A LIRE : Michael Marder, philosophe canadien, professeur à l'Université du Pays basque, spécialiste de philosophie environnementale et de pensée écologique, de théorie politique et de phénoménologie.