Le monde végétal nous offre l'occasion de découvrir une forme remarquable d'altérité dans le monde vivant. Observer les plantes et tenter de les comprendre nous aide à concevoir une manière d'être au monde totalement différente de la nôtre. Malgré tout, il reste très difficile de nous débarrasser d'un habituel anthropomorphisme égocentrique.

Les plantes ne bougent pas : pourtant elles se défendent bien des multiples dangers auxquels elles doivent faire face. Une immense variété d'espèces végétales se sont multipliées depuis des millions d'années dans tous les écosystèmes possibles. Certaines plantes vivent des siècles alors qu'elles ne se déplacent pas.

Les plantes n’ont pas de bouche et elles se nourrissent.

Elles n’ont ni œil ni oreille qui leur permettraient de voir ou d’entendre, et cependant elles perçoivent très finement leur environnement.

Elles ne disposent d’aucune pompe comme le cœur pour faire circuler leurs fluides, et néanmoins la sève circule, vers le haut, vers le bas, et parcourt des dizaines de mètres dans le cas des arbres.  

Aristote, le philosophe de l’antiquité grecque, a eu une influence majeure sur la pensée européenne, influence qui a malheureusement perduré pendant des siècles. C’est à lui principalement qu’on doit de n’attribuer aux plantes qu’une existence passive et dénuée d’interaction. Soit dit en passant, on lui doit aussi une idée qui est restée ancrée dans notre culture pendant trop longtemps, l’infériorité des femmes par rapport au genre masculin, mais c’est une autre histoire. Revenons aux plantes.  Au 18e siècle, le végétal occupait encore le bas de l'échelle du vivant et n’était guère considéré autrement que comme une ébauche de l’animal. Ce n'est qu'au début du 19e siècle, que commence à être révélée une certaine réactivité des plantes. La publication en 1859 du livre majeur de Charles Darwin , « L’origine des espèces », est une révolution.

Notre compréhension du monde vivant est alors bouleversée et cette nouvelle approche continue d’être féconde jusqu’à aujourd’hui. Formulée il y a cent cinquante ans, bien avant que soient possibles les observations au microscope électronique, bien avant la découverte du code génétique, la pensée de Darwin continue d’être efficiente jusqu’à maintenant. Elle est non seulement compatible mais confirmée par les avancées des recherches actuelles en biologie. Elle est importante pour les biologistes mais également dans le domaine de la métaphysique.

 

A LIRE : Éloge de la plante / Francis Hallé - Le Seuil, 1999