En biologie de l'évolution, on croise trop souvent l’idée selon laquelle l’existence d’un phénomène s’explique forcément par une finalité qui en découle. Selon cette notion caricaturale, si une chose existe, c’est à seule fin de produire un effet avantageux. Chaque plante ou même chaque organisme ne montrerait tel caractère particulier que pour servir à quelque dessein. Le dessein en question est évidemment la reproduction, et la capacité à donner une descendance nombreuse. Cette idée est sous-tendue par le paradigme de la compétition à tous les degrés du vivant. C'est cette fameuse loi du plus fort. Or ce point de vue n’est pas compatible avec la théorie génétique de l’évolution, faite de hasards et d’ajustements. Dans le monde vivant, la seule nécessité est d’être viable pour exister et se perpétuer. Autrement dit, ce qui n’est pas compatible avec la vie disparaît, tout le reste est possible. Cela laisse à la nature d’infinies variétés d’existence, et permet une multitude de modalités d’être. C’est bien ce qui explique la diversité des espèces, d’autant plus au bout de quelques milliards d’années d’évolution. Chercher sans cesse une finalité est encore une influence malheureuse de la pensée d’Aristote sur notre culture occidentale. Or il n’y a pas d’intention, il n’y a que des causalités.